Rupture avec l’Euro ET rupture avec le capital

Cela fait des années qu’un européisme béat règne dans la gauche radicale et dans l’extrême gauche. L’expérience du gouvernement Tsipras fracassé contre l’Union européenne est en train de bousculer de nombreuses routines et de faire évoluer des positions. Mais, on voit maintenant apparaître une tentation chez certains, celle de faire de la rupture avec l’Euro l’alpha et l’oméga…

Le NON grec à plus de 60% était d’abord et avant tout un NON aux mémorandums, un NON à l’austérité. Tout comme l’essor rapide des voix pour SYRIZA et sa victoire de janvier. Les travailleur-se-s en ont marre de voir leurs salaires, leurs emplois, leurs retraites se dégrader. Toute la question ensuite est le « comment » ? Comment rompre avec l’austérité ?

  1. Par « une autre politique économique » dans l’Union européenne et l’Euro (relance keynésienne, pression sur les créanciers pour diminuer la dette…) Ce qu’a défendu la direction de SYRIZA.
  2. Par la rupture avec l’UE / l’Euro pour permettre « une autre politique économique ». Cela a été défendu par quelques groupes comme le Plan B d’Alekos Alavanos.
  3. Par la rupture avec le capitalisme (autogestion des entreprises hors de la concurrence pour le profit) et ses institutions (la pseudo-démocratie électorale et l’Union européenne). C’est ce qu’a défendu ANTARSYA au moins jusqu’en 2014.

La rupture anticapitaliste implique la sortie de l’Union européenne. On ne peut pas fonctionner avec les mêmes règles communes que celles qui unissent des Etats capitalistes (le marché commun, les accords de dérégulation…). Il en découle bien sûr aussi la sortie de l’Euro et la création d’une monnaie sous le contrôle de l’Etat révolutionnaire. Mais dans cette optique, la sortie de l’Euro/UE n’est que l’une des mesures prises pour réaliser la révolution. Ce n’est pas une mesure que l’on présente comme une revendication suffisante.

La tentation du raccourci

ForumAntiUELes diktats de la Troïka font prendre conscience à de plus en plus de militant-e-s de la nécessité de la rupture avec l’UE et l’Euro. C’est le cas de la plupart de la gauche de SYRIZA, et aussi d’autres courants comme ΜΑΡΣ (« Coalition Front de Gauche »), qui ont impulsé un Forum Anti-UE en juin.

Ce courant qui émerge à gauche de SYRIZA exerce une pression sur les anticapitalistes d’ANTARSYA. Deux groupes au sein d’ANTARSYA, ARAN et ARAS, sont aussi très investis dans MARS et veulent pousser à un élargissement vers des forces qui ne sont pas anticapitalistes. Panagiotis Sotiris (ARAN) le dit dans une interview :

« SEK insiste pour dire que nous ne devrions pas élargir notre coopération avec d’autres forces anti-Union européenne en insistant sur le fait que nous sommes un front anticapitaliste, qui peut être traduit comme un front de forces historiquement issues de la gauche anticapitaliste et révolutionnaire. Nous insistons sur la nécessité d’une alliance plus large avec à gauche les forces anti-UE. »

« Nous avons insisté, en particulier après le début de la crise, sur la nécessité pour Antarsya de se réaligner avec d’autres forces anti-euro à gauche, même si ces forces ne sont pas nécessairement révolutionnaires ou anticapitalistes au sens historique du terme. Nous pensons que la question de l’euro, l’Union européenne, et la dette sont des points qui divisent la gauche et que dans le même temps offrent la possibilité de nouvelles convergences. »

Le NAR, principale force d’ANTARSYA, semble suivre ce mouvement.

Non seulement ANTARSYA s’est présenté avec MARS aux élections de janvier 2015, mais une proximité est de plus en plus affichée : des drapeaux communs apparaissent, une déclaration ANTARSYA-MARS du 6 février a annoncé la volonté d’une coopération politique permanente… Selon l’OKDE-Spartakos, cette orientation n’a pas été décidée démocratiquement.

Une politique de gouvernement ouvrier ?

Les promoteurs de ce regroupement présentent ceux qui ne sont pas d’accord comme des « sectaires ». Evidemment, si l’on pense qu’en sortant de l’UE / Euro, un gouvernement s’en trouverait aussitôt mieux, alors pourquoi pas ? Cela dépend de l’analyse que l’on fait.

Le message du forum anti-UE de juin est clair : « La zone euro est le problème, la sortie est la solution. » Le message est simple, mais réducteur. Tout comme il est réducteur de dire « La finance est LE problème, une banque publique est LA solution » ou « La dette est LE problème, l’annuler est LA solution ».

Si la nationalisation des banques permettait à elle seule d’améliorer le sort des travailleur-se-s, alors il serait sans doute juste de faire un front électoral sur cette question. Mais voilà, il se trouve que les banques ont déjà été nationalisées (Mitterrand, 1981), sans que cela force les industriels à investir dans les besoins de la population et des salarié-e-s…

Si l’annulation de la dette pouvait être prise comme mesure isolée, alors il serait juste de faire une alliance électorale sur cet objectif précis ! Mais voilà, s’il n’y a pas beaucoup d’Etats qui décident d’annuler leur dette, il y a des raisons concrètes. Un Etat qui reste dans le capitalisme subira toujours sa pression (refus de prêter à celui qui annule et taux d’intérêts qui explosent…) et ne réglera pas les problèmes de fond (on ne sort pas de la crise de l’économie privée simplement avec de l’argent « public » – de l’Etat capitaliste).

Nous défendons bien sûr l’annulation de la dette et la nationalisation des banques, mais en lien avec les autres mesures, en particulier l’autogestion pour décider à la base de ce qu’on produit, sans concurrence pour le profit.

Pour que des révolutionnaires acceptent de participer à un gouvernement de front unique, il faut que celui-ci permette vraiment d’enclencher une dynamique révolutionnaire. On ne peut pas le concevoir s’il n’y a pas déjà des débuts d’auto-organisation, qui caractérisent une période révolutionnaire. On peut encourager une situation révolutionnaire par un gouvernement qui accroit le pouvoir des travailleur-se-s, mais on ne peut pas la créer par des élections.

Il est certain qu’une alliance électorale centrée sur la rupture avec l’Euro / UE pourrait dans la situation avoir du succès, tout comme SYRIZA en a eu. Mais cette alliance électorale irait aussi droit vers un échec. Le peuple grec se retrouverait dans un capitalisme national en crise, avec d’énormes difficultés sociales et financières, des prix des produits importés qui explosent, etc. Et Aube dorée sera toujours là pour expliquer que la solution c’est un peuple qui marche au pas et qui tue les immigré-e-s. Bien sûr il y aura aussi des révolutionnaires pour dire qu’il faut aller plus loin et exproprier les armateurs et autres capitalistes grecs, mais si les 3/4 d’entre eux ont fait passer l’idée que « ce serait déjà bien » de voter pour leur coalition électorale, quelle crédibilité auront-ils ?

Des illusions sont certainement inévitables puisqu’un mouvement de masse ne devient jamais spontanément révolutionnaire. Mais l’accumulation d’illusions de la part de militant-e-s qui échouent à défendre un programme révolutionnaire ne pourra pas se répéter éternellement. Aube dorée a perdu une bataille en gesticulant face à la Troïka, mais le combustible qui a nourri la « gauche radicale » et les fascistes est toujours là.

Un programme électoral centré sur la rupture avec l’Euro / UE est une impasse. Les révolutionnaires ne peuvent pas se présenter sur cette seule plateforme. On peut et on doit faire des campagnes larges pour faire pression sur SYRIZA – qui a encore la confiance des masses – pour la rupture des négociations et la rupture avec l’UE. Mais les révolutionnaires doivent continuer à expliquer que l’on ne sortira pas de la crise sociale tant que l’on ne renversera pas le pouvoir des patrons.

Soutenir le SEK et l’OKDE-Spartakos

Dans ANTARSYA, une minorité résiste à ce glissement : le SEK (Parti socialiste des travailleurs, lié au SWP anglais) et l’OKDE-Spartakos (section de la Quatrième internationale – Secrétariat unifié).

L’OKDE fait quelques rappels parlants sur ce courant (Plan B / PAMES / MARS), qui a toujours dit que l’anticapitalisme était trop « effrayant » pour les gens, et qu’ils n’étaient pas pour le « pouvoir des travailleurs ».

« Comme il est devenu très clair dans la campagne électorale pour les élections européennes et dans les déclarations publiques d’Alekos Alavanos, le Plan B ne voit pas la sortie de l’euro et de l’Union européenne comme un élément nécessaire d’une stratégie de conflit avec les institutions de capital, mais présente le plan B de sortie de l’euro comme un moyen de « sauver le pays » au sein de l’économie capitaliste. »

Le Plan B propose « la démocratisation » des institutions « contrairement aux revendications anti-capitalistes de dissolution de la police anti-émeute, de désarmement de la police, d’autogestion généralisée. »

PAMES parle de « front de salut ». Un secrétaire du Plan B a signé une déclaration avec ΕΠΑΜ (Front populaire uni) et la « Drachme 5 étoile » de Katsanevas (un ancien du PASOK, devenu anti-euro).

L’OKDE parle de problèmes démocratiques dans les prises de décisions dans ANTARSYA. Puis ajoute :

« Mais encore une fois, ce ne est pas le véritable problème. (…) La question est politique: dans ces circonstances, voulons-nous une alliance avec PAMES ? Et, au cœur du problème nous qui tourmente depuis maintenant deux ans, voulons- nous remplacer ANTARSYA par un front de « gauche radicale » plus large, mais plus anticapitaliste? Pour cela, nous répondons NON et déclarons que nous allons nous battre pour éviter un tel développement politique. »

« L’argument qu’il y a ceux qui refusent de coopérer avec le PAMES et veulent isoler ANTARSYA, face à ceux qui se battent pour briser l’isolement est faux. En fait, l’alliance avec PAMES empêche d’autres alliances possibles, par exemple avec l’EEK, qui a déclaré son opposition au nationalisme économique. »

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Voir :

Lettre de l’OKDE-Spartakos aux membres d’ANTARSYA + une autre contribution : http://antarsya.gr/node/2698

OKDE-Spartakos – Déclaration du 07/01/2015 : http://www.okde.org/~okde8395/index.php/el/sample-sites/parks/193-topothetisi-tis-ke-tis-okde-spartakos-gia-tis-ekloges-kai-tin-paremvasi-tis

OKDE-Spartakos – Déclaration du 03/03/2015 : http://www.okde.org/~okde8395/index.php/el/2014-02-15-12-35-33/86-anakoinwseis/216-topothetisi-tis-okde-spartakos-gia-tous-xeirismoys-tis-kse-kai-ti-syndiaskepsi-tis-antarsya

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