GPA : pour une autorisation réglementée

La gestation pour autrui (GPA) est la bête noire de la Manif pour tous, mais elle n’est pas non plus bien vue dans la gauche radicale et l’extrême gauche.

Argument naturaliste

Certain-e-s avancent qu’il faut être un-e parent-e biologique pour avoir une relation « vraie » avec son enfant. Les réactionnaires ajouteront souvent que c’est « contre-nature ». Mais cela devrait alors s’appliquer aux enfants adoptés en général. Certains l’assument et estiment que l’adoption est un moindre mal, mais qu’il ne faut pas autoriser à ce qu’on ajoute des « mauvaises situations » à celles qui existent.

Pourtant il y a de nombreux contre-exemples, comme les enfants non désirés, qui même s’ils sont nés « naturellement » seront certainement moins « aimés » qu’un enfant adopté ou un enfant né d’une mère porteuse.

Oui mais pour le cas général ? Il y a probablement des formes de mal-être chez certains enfants qui se demandent qui sont leurs parents biologiques, comme on en voit chez beaucoup d’enfants adoptés. Mais l’origine de ce mal-être est sans aucun doute sociale. C’est parce qu’il y a des préjugés qui pèsent sur l’enfant adopté, une norme qui dit que les « vrais parents » sont les parents biologiques, que certains enfants souffrent.

Argument anti-technique

En réaction (à mon avis) à la technique capitaliste dont nous sommes dépossédés et qui nous effraie parfois, tout un courant de pensée récent voit d’un mauvais œil « la technique » (en soi) et la plupart des innovations techniques. La GPA est donc ciblée parmi tant d’autres techniques. Et ce courant est assez présent dans l’extrême gauche.

Ce discours rejoint parfois des formes de naturalisme (« Il ne faut pas jouer aux apprentis-sorciers avec la nature… », « Il ne faut pas trafiquer le vivant… »).

Argument contre la marchandisation

L’argument le plus sérieux est celui du risque de marchandisation (supplémentaire) du corps des femmes, déjà fortement présent sous le système capitaliste. Par exemple des couples gays riches pourraient « louer » le ventre de mères porteuses pauvres. Même des femmes riches, stériles ou qui préfèreraient ne pas passer par la grossesse. Si l’on prend en compte le risque que comporte une grossesse (d’autant plus élevé que la mère est pauvre) cette transaction représente un transfert de risque des riches vers les pauvres.

Mais comment réagissons-nous face au don d’organe, qui pose un problème similaire ? Actuellement, il est réglementé précisément pour limiter autant que possible ces risques.

En France, les donneurs vivants d’organes peuvent être « le père ou la mère et, par dérogation, un fils ou une fille, un frère ou une sœur du receveur, son conjoint, ses grands-parents, oncles ou tantes, cousins germains et cousines germaines ainsi que le conjoint du père et de la mère. Le donneur peut également être toute personne apportant la preuve d’une vie commune d’au moins deux ans avec le receveur ainsi que toute personne pouvant apporter la preuve d’un lien affectif étroit et stable depuis au moins deux ans avec le receveur ». Le don anonyme est également possible. Un logiciel informatique d’appariement mettant en relation des paires donneurs-receveurs compatibles a même été créé.

Bien sûr, le trafic d’organes existe, avant tout à cause de la misère. Mais on n’interdit pas pour autant le don d’organe. On milite contre la misère.

Il me semble que le même raisonnement peut être étendu à la GPA, et qu’il faut donc envisager une autorisation réglementée.

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